Soyez le serviteur de tous

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Soyez le serviteur de tous. Homélie du 25ème dimanche ordinaire - 20 septembre 2015

Soyez le serviteur de tous

 

Homélie du 25ème dimanche ordinaire - 20 septembre 2015

 

Plus que jamais, les mots « compétition, compétitivité, concurrence » font feu de tout bois et tiennent lieu de règles d’or dans les domaines non seulement du sport mais aussi de l’économie, des affaires, de la vie sociale et politique.
Même dans le domaine religieux ce vocabulaire peut se glisser de manière insidieuse, voire guerrière.
La planète-terre se présente si souvent non pas comme un jardin de paix ou un terrain de jeu, mais comme un champ de bataille.
On y compte ses victoires ou ses défaites, ses pertes ou ses trophées, qu’il s’agisse de travail, de finances, d’élections.
Sans répit on se prépare à des revanches.
On jubile ou l’on hausse les épaules de l’indifférence quand les "maillons faibles" sont éliminés.
Priorité est donnée à ce qui divise plutôt qu’à ce qu’il serait urgent de faire ensemble.

 

Elle est bien curieuse notre humanité !
D’où lui vient cette pulsion de vouloir rivaliser avec les autres, de gagner, de produire ou de s’enrichir plus que les autres ?
Dans le domaine sportif c’est à qui nagera et courra le plus vite, sautera le plus haut, le plus loin. Et l’on portera aux nues – avec humour et plaisir ! – les centièmes de seconde du vainqueur comme s’ils célébraient l’arrivée du jour de gloire pour une nation et pourquoi pas une étape vers la venue du grand soir pour l’humanité !

Les textes de la liturgie de ce dimanche, parlent abondamment de tout cela.
Ecoutons d’abord ce qu’écrit saint Jacques, notre épistolier de ces dimanches.

Frères, la jalousie et les rivalités mènent au désordre
et à toutes sortes d’actions malfaisantes.
Au contraire, la sagesse qui vient d’en haut est d’abord pure,
puis pacifique, bienveillante, conciliante,
pleine de miséricorde et féconde en bons fruits,
sans parti pris, sans hypocrisie.
C’est dans la paix qu’est semée la justice,
qui donne son fruit aux artisans de la paix.
D’où viennent les guerres, d’où viennent les conflits entre vous ?
N’est-ce pas justement de tous ces désirs qui mènent leur combat en vous-mêmes ?
Vous êtes pleins de convoitises et vous n’obtenez rien, alors vous tuez ;
vous êtes jaloux et vous n’arrivez pas à vos fins,
alors vous entrez en conflit et vous faites la guerre.
Vous n’obtenez rien parce que vous ne demandez pas ;
vous demandez, mais vous ne recevez rien ;
en effet, vos demandes sont mauvaises, puisque c’est pour tout dépenser en plaisirs.

 

La convoitise est la source principale du péché que l’on qualifie d’originel.
Rassasiez-vous du fruit de l’arbre défendu et vous serez comme des dieux, disait à Adam et Eve le serpent des origines.
La convoitise peut conduire tout être humain – et pas seulement Adam et Eve –, à son malheur. Elle se manifeste de mille manières.
Elle consiste à jalouser les autres, – et même à jalouser Dieu – à convoiter leurs talents, leur réussite, leur rang social, leur beauté, avec deux conséquences.
Elle rend les jaloux toujours insatisfaits d’eux-mêmes, de leur condition, jusqu’à tout faire pour prendre la place des autres, pour les dominer, quitte à entrer en guerre avec eux et à les éliminer. Pour arriver à ces fins, les armes ne leur manquent pas : fusils et bombes, trafics bancaires et même achats de champions sportifs à prix d’or.
Et plus couramment encore la langue, cette « épée acérée » (ps 57, 5) dont on se sert pour mentir, médire et calomnier.
Comme l’écrit saint Jacques aux premières communautés chrétiennes, cette convoitise est sournoise et peut se glisser à l’intérieur même des religions, des prières de demande dont on détourne le sens dès lors qu’elles sont orientées non pas vers la volonté de Dieu mais vers la satisfaction des intérêts ou des objectifs de ceux qui les formulent.

 

La convoitise se manifeste aussi dans des persécutions internes infligées à des justes par des croyants hypocrites, zélés et soucieux de parler de la Loi mais pas de la pratiquer.
Ils peuvent en arriver à jalouser quelqu’un qui fait le bien et refuse de se laisser entraîner dans le cercle infernal de leurs convoitises.
Ils le persécutent jusqu’à le soumettre à des outrages et des tourments, et le soupçonner du pire, parce qu’ils sont dérangés par sa droiture et son honnêteté et qu’il est pour eux un reproche vivant.
L’extrait du livre de la Sagesse qui suit est plus long que celui du missel.
A l’entendre on comprend mieux la dernière béatitude en saint Matthieu, « heureux ceux qui sont persécutés pour la justice ».
Il décrit tout ce qu’ont tramé contre Jésus les scribes, les pharisiens, les prêtres, les politiciens.

 

Attirons le juste dans un piège, car il nous contrarie,
il s’oppose à nos entreprises, il nous reproche de désobéir à la loi de Dieu,
et nous accuse d’infidélités à notre éducation.
Il prétend posséder la connaissance de Dieu,
et se nomme lui-même enfant du Seigneur.
Il est un démenti pour nos idées, sa seule présence nous pèse ;
car il mène une vie en dehors du commun, sa conduite est étrange.
Il nous tient pour des gens douteux, se détourne de nos chemins comme de la boue.
Il proclame heureux le sort final des justes et se vante d’avoir Dieu pour père.
Voyons si ses paroles sont vraies, regardons comment il en sortira.
Si le juste est fils de Dieu, Dieu l’assistera,
et l’arrachera aux mains de ses adversaires.
Soumettons-le à des outrages et à des tourments ;
saurons ce que vaut sa douceur, nous éprouverons sa patience.
Condamnons-le à une mort infâme, puisque, dit-il, quelqu’un interviendra pour lui. »

 

Dans le désert, Jésus avait renoncé aux convoitises dans lesquelles Satan voulait l’entraîner : celles du pouvoir, de la domination, de la manipulation.
Voilà pourquoi il était passé et passe encore pour un insupportable gêneur, et pourquoi ses coreligionnaires l’ont condamné à mort, comme il l’évoque lui-même dans l’évangile de Marc.

 

Jésus traversait la Galilée avec ses disciples, et il ne voulait pas qu’on le sache.
Car il les instruisait en disant :

« Le Fils de l’homme est livré aux mains des hommes ;
ils le tueront et, trois jours après sa mort, il ressuscitera. »
Mais les disciples ne comprenaient pas ces paroles
et ils avaient peur de l’interroger.
Ils arrivèrent à Capharnaüm, et, une fois à la maison,
Jésus leur demanda : « De quoi discutiez-vous en chemin ? »
Ils se taisaient, car, en chemin, ils avaient discuté entre eux
pour savoir qui était le plus grand.
S’étant assis, Jésus appela les Douze et leur dit :
« Si quelqu’un veut être le premier,
qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous. »
Prenant alors un enfant, il le plaça au milieu d’eux, l’embrassa, et leur dit :
« Quiconque accueille en mon nom un enfant comme celui-ci,
c’est moi qu’il accueille. Et celui qui m’accueille, ce n’est pas moi qu’il accueille,
mais Celui qui m’a envoyé. »

 

Les Douze qui ont suivi Jésus ont du mal à le comprendre : ses pensées, ses paroles, ses choix ne sont pas les leurs.
Ce qu’il dit et fait les dérange.
Leurs discussions manifestent l’écart qu’il y a entre leurs perspectives et la sienne.
Ils nagent encore dans les eaux mortelles de la convoitise.
Quant à Jésus, il ne se dérobera pas au combat contre Satan.
Il lui résistera jusqu’à la mort.
Il ne se posera en rival de personne, mais il choisira de prendre la place du serviteur, de l’enfant sans défense et sans pouvoir, proclamant que dans le Royaume de son Père les derniers sont premiers et les premiers sont derniers.

 

Dans cette perspective évangélique, faut-il alors condamner toute rivalité, toute concurrence ? Certes pas, car elles sont liées à l’élan vital qui habite la nature et l’humanité et soutient la volonté d’aller toujours de l’avant dans la recherche du mieux connaître, du mieux vivre, et surtout du progrès vers la justice et la paix.
Mais nous sommes appelés à les transposer dans une perspective non pas seulement matérielle mais spirituelle comme l’a écrit saint Paul :
« Rivalisez de respect les uns pour les autres. Ne brisez pas l’élan de votre générosité, mais laissez jaillir l’Esprit ; soyez les serviteurs du Seigneur. Ne vous laissez pas vaincre par le mal, mais soyez vainqueur du mal par le bien. » (Rm 12)

 

Ce qui importe, c’est d’être plus diligent pour servir les autres, de cultiver les valeurs humaines les plus hautes, et d’aimer de la manière la plus grande.

C’est de rivaliser en générosité pour prendre soin des perdants de la vie.

C’est de se montrer ingénieux pour le service de l’homme et de l’évangile.

Et quand on gagne, de toujours donner l’accolade ou la poignée de main fraternelle à la personne qu’on a devancée.

La paix n’est possible que si la concurrence et la compétition dans tous les domaines sont vécues comme une émulation pour que progresse la justice, et pour que tous puissent participer.

L’essentiel n’est pas de se battre contre les autres mais contre

soi-même pour aller plus loin dans le service des autres.

 

Merci au diocèse de Quimper et Léon

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